ALGUES ET SANTÉ : POURQUOI SE TOURNER VERS LES OCÉANS… POUR L’HÉMOSTASE ?
Posté le 04 février 2026Lorsqu’il s’agit d’arrêter un saignement, votre corps agit comme une minuscule équipe d’intervention hautement entraînée — envoyant des plaquettes, des facteurs de coagulation et un flot de signaux chimiques pour réparer les dégâts avant même que vous ne vous en rendiez compte. Mais parfois, même la meilleure équipe d’urgence a besoin d’un petit renfort pour accomplir sa mission !
1. Qu'est-ce que l'hémostase ?
L’hémostase est le processus biologique par lequel le corps arrête un saignement après une lésion d’un vaisseau sanguin. C’est la première étape de la cicatrisation et elle repose sur trois mécanismes principaux :
- Vasoconstriction — les vaisseaux sanguins se contractent pour réduire le flux sanguin.
- Formation d’un caillot plaquettaire — les plaquettes s’agrègent pour former un premier bouchon.
- Coagulation — une cascade de réactions chimiques transforme le sang en un gel (caillot de fibrine) afin d’arrêter fermement le saignement.
L’hémostase est un processus naturel très efficace. Cependant, dans de nombreuses situations réelles (comme les urgences de premiers secours ou certaines conditions médicales spécifiques), une aide supplémentaire est nécessaire pour arrêter efficacement le saignement. Cette aide vient parfois… des océans !
2. Les algues à la rescousse : arrêter les saignements naturellement
Les algues sont utilisées depuis des millénaires dans les soins traditionnels des plaies, en particulier parmi les communautés côtières qui s’appuyaient sur les ressources marines facilement disponibles. Les pêcheurs et les marins appliquaient autrefois des algues fraîches ou séchées directement sur les coupures et les blessures afin d’absorber le sang, de protéger la plaie et de favoriser la cicatrisation.

Les algues brunes étaient particulièrement appréciées en raison de leur texture souple lorsqu’elles sont mouillées et de leur capacité à retenir l’humidité, ce qui permettait de couvrir les plaies et de limiter la poursuite du saignement.
Avec le temps, les scientifiques ont découvert que les composés présents dans ces algues — en particulier les alginates — étaient responsables d’une grande partie des effets bénéfiques observés dans les usages traditionnels, permettant ainsi de transformer des savoirs anciens en matériaux modernes de soin des plaies fondés sur des preuves scientifiques.
3. De l’usage traditionnel aux preuves scientifiques et aux applications industrielles
L’alginate (également appelé acide alginique) a été découvert pour la première fois au XIXᵉ siècle par le chimiste britannique E. C. C. Stanford, qui a extrait cette substance naturelle d’une variété d’algue brune appelée Laminaria. Les premières publications et études se sont concentrées sur ses propriétés physiques et chimiques, telles que sa capacité à absorber les liquides, à former des solutions visqueuses et à créer des gels.

Alors que l’alginate a d’abord été exploité dans des industries telles que l’alimentaire, le textile et le papier, sa biocompatibilité et ses propriétés de formation de gel ont conduit l’industrie pharmaceutique à l’adopter au milieu du XXᵉ siècle comme un excipient polyvalent utilisé pour soutenir et contrôler l’administration des médicaments.
À peu près à la même époque, un intérêt spécifique pour le potentiel hémostatique de l’alginate est apparu grâce aux travaux du chirurgien britannique George Blaine qui, dans les années 1940, a étudié l’utilisation de l’alginate de calcium sur les plaies. Blaine a observé que, lorsqu’il est appliqué sur des plaies hémorragiques, l’alginate de calcium n’absorbe pas seulement le sang mais favorise également la formation du caillot en libérant des ions calcium — un facteur essentiel du processus de coagulation.
En France, le chirurgien Jean Gosset a été l’un des premiers cliniciens à attirer l’attention sur le potentiel hémostatique des matériaux à base d’alginate. Lors d’une séance de l’Académie de Chirurgie à Paris en 1949, Gosset a partagé des observations cliniques utilisant l’alginate de calcium sur différentes plaies et a conclu qu’il présente un réel potentiel. Il a encouragé sa préparation à l’échelle commerciale et soutenu le lancement de Coalgan® en 1949.

Les travaux de Blaine et Gosset ont marqué les premières explorations cliniques sérieuses de l’alginate en tant que matériau médical, transformant un extrait naturel d’algue en un agent hémostatique scientifiquement reconnu. Cela a ouvert la voie au développement de dispositifs médicaux à base d’alginate de calcium utilisés dans les soins avancés des plaies pour l’hémostase et la réparation des tissus.
4. Comment Stop Hémo® arrête le saignement : mécanisme d’action
Inspiré des propriétés naturelles des algues, Stop Hémo® se transforme au contact du sang. Cette transformation physique et chimique lui permet d’agir à la fois mécaniquement et biologiquement, afin de favoriser une coagulation efficace. Son alginate de calcium :
- Absorbe le sang,
- Hydrate et forme un gel protecteur, qui agit comme une barrière temporaire, piégeant les cellules sanguines et les facteurs de coagulation sur le site de la plaie,
- Libère des ions calcium sur le site du saignement (les ions calcium sont le facteur IV de la cascade de coagulation, essentiel au processus de coagulation),
- Ne colle pas au caillot nouvellement formé : la structure gélifiée permet un retrait atraumatique.
Cette action inspirée de la nature en fait une solution adaptée de premiers secours pour les situations du quotidien. Prêt à l’emploi et conçu pour les moments inattendus de la vie, il apporte calme et confiance lorsqu’un saignement survient — qu’il s’agisse d’un saignement de nez soudain, d’un saignement délicat des gencives ou d’une petite blessure cutanée— vous aidant à prendre soin de vous et de vos proches quand cela compte le plus.
5. Développement durable et avenir des algues en médecine
À mesure que la durabilité devient une préoccupation centrale dans le domaine de la santé, les algues se distinguent comme une ressource naturelle particulièrement adaptée pour relever à la fois les défis médicaux et environnementaux. Contrairement aux cultures terrestres, les algues ne nécessitent ni engrais, ni pesticides, ni eau douce, ni terre, et elles poussent rapidement.
Cette facilité de culture et cette durabilité exceptionnelle s’accompagnent d’une diversité biochimique riche, positionnant les algues à la fois comme une ressource respectueuse de l’environnement et comme une source prometteuse de composés thérapeutiques.
Les algues sont riches en polysaccharides, polyphénols, protéines et pigments, qui possèdent diverses propriétés thérapeutiques. Ces composés ont montré un potentiel en tant qu’agents anti-inflammatoires, antimicrobiens, antiviraux, antitumoraux et antioxydants, entre autres.
Restez à l’écoute pour notre publication sur les bienfaits des algues dans la cicatrisation, en réduisant l’inflammation, en combattant les bactéries et en favorisant la croissance des tissus !
POINTS CLÉS À RETENIR
L’histoire des algues en médecine est une histoire de transformation : de leur usage traditionnel le long des côtes à des traitements biomédicaux sophistiqués dans les foyers et les hôpitaux modernes.
Les propriétés physiques et chimiques des algues sont particulièrement utiles pour l’hémostase : elles absorbent le sang, s’hydratent, forment un gel protecteur et libèrent leurs ions calcium sur le site du saignement pour soutenir le processus naturel de coagulation. Ces propriétés, autrefois observées par les marins, ont depuis été exploitées et perfectionnées grâce au traitement industriel, transformant l’alginate en dispositifs médicaux hémostatiques et cicatrisants.
Ainsi, l’océan nous a offert une ressource puissante et nous l’avons utilisée avec discernement — faisant progresser les soins aux patients tout en renforçant notre responsabilité de protéger les écosystèmes marins. Rejoignez le mouvement en découvrant le travail de notre partenaire 1 OCEAN et participez à un avenir plus durable pour la santé, l’océan et le climat : https://www.mission-1ocean.com/projet/forets-sous-marines-un-enjeu-pour-lhumanite/#weglot_switcher
"Restaurer nos forêts sous-marines, c’est plus que protéger la biodiversité, c’est un pas audacieux pour préserver notre climat pour l’avenir."
— Alexis Rosenfeld, Photographe et directeur de projet chez 1 OCEAN
Sources :
1- Hémostase, https://my.clevelandclinic.org/health/symptoms/21999-hemostasis, consulté le 06/01/2026.
2- Pérez-Lloréns, J.L., Critchley, A.T., Cornish, M.L. et al. Saved by seaweeds (II) : connaissances traditionnelles, remèdes maison, médecine, chirurgie et pharmacopée. J Appl Phycol 35, 2049–2068 (2023). https://doi.org/10.1007/s10811-023-02965-6.
3- Hylenne Bojorges, Amparo López-Rubio, Antonio Martínez-Abad, María José Fabra, Aperçu des procédés d’extraction de l’alginate : impact sur la structure moléculaire de l’alginate et ses propriétés technofonctionnelles, Trends in Food Science & Technology, Volume 140, octobre 2023. https://doi.org/10.1016/j.tifs.2023.104142
4- Blaine G. Observations expérimentales sur les produits d’alginate absorbables en chirurgie : gel, film, gaze et mousse. Ann Surg. Janvier 1947;125(1):102-14. doi: 10.1097/00000658-194701000-00011. PMID: 17858907; PMCID: PMC1803201.
5- Histoire de l’hémostase locale, Académie de Chirurgie Magazine, 3ᵉ trimestre 2012.
6- Pereira L, Cotas J. Algues : une solution durable pour verdir la fabrication de médicaments dans la quête d’une santé durable. Explor Drug Sci. 2024;2:50–84. https://doi.org/10.37349/eds.2024.00036
NET26SHE03A – Janvier 2026